Krejcikova, la survivante !

 - Rémi Bourrieres

Dans un tournoi féminin marqué par de nombreuses surprises, la Tchèque Barbora Krejcikova a su garder ses nerfs pour battre en finale Anastasia Pavlyuchenkova. Elle remporte à 25 ans son premier sacre majeur !

©Corinne Dubreuil/FFT

Ça n'était pas le jour pour briller, c'était le jour pour gagner. Un point c'est tout. Dans un match pour le titre forcément empreint d'une tension dramatique entre deux joueuses qui disputaient là leur première finale de Grand Chelem, Barbora Krejcikova a su le mieux maîtriser ses nerfs - et préserver son corps - qu'Anastasia Pavlyuchenkova pour s'imposer 6/1, 2/6, 6/4 et remporter à 25 ans son premier sacre majeur.

Elle devient la première joueuse tchèque à triompher à Roland-Garros depuis Hana Mandlikova (alors Tchécoslovaque) en 1981. Tout un symbole, c'est Martina Navratilova, la plus emblématique des joueuses formées en République tchèque, qui avait été choisie cette année pour remettre la coupe Suzanne-Lenglen.

Guerre des nerfs

Il était écrit qu'entre ces deux championnes aux armes tennistiques différentes, la clé du match allait plutôt se situer dans la gestion des émotions. Ce fut le cas. Et cette guerre des nerfs, c'est Pavlyuchenkova qui l'a perdue, notamment lors d'une entame de match assez catastrophique, en tout cas bien loin des standards qui lui avaient permis de dominer en puissance des joueuses comme Sabalenka, Azarenka, Rybakina ou l'épatante Zidansek en demie.

Beaucoup plus imprécise et empruntée qu'à l'accoutumée, la Russe francophone a mis un set, perdu 6/1, à rentrer dans le match. Elle a repris les choses par le bon bout à l'attaque du deuxième set mais cette fois, ce fut son corps qui donna des signes de fébrilité : à 5-2 en sa faveur, elle prit ainsi un temps mort médical pour se faire strapper la cuisse gauche, du côté où elle arborait un pansement au genou.

La conséquence d'une débauche d'énergie démontrée tout au long de la quinzaine, ou simplement la manifestation d'une extrême tension ? Sans doute un peu des deux. Pour autant, l'ancienne protégée de l'académie Mouratoglou (29 ans), qui disputait sa première finale après 52 participations en Grand Chelem (un record), a eu sa chance au troisième set, puisqu'elle a mené 3-2.

Mais c'est là où Krejcikova a été grande. Dans ce chassé-croisé haletant marqué par une tension palpable sur le court, la Tchèque a fait preuve d'une étonnante capacité à garder son sang-froid. Oh, bien sûr, ce ne fut pas sans trembler un peu – comment aurait-il pu en être autrement ? -, ratant ainsi deux premières balles de match à 5-3 (service adverse) avant d'en laisser filer une troisième à 5-4 sur une cruelle double-faute. Mais la quatrième fut la bonne. Et c'est avec un soulagement manifeste, tout autant que de joie, qu'elle vit une dernière frappe de son adversaire sortir d'un souffle en longueur.

Mais très vite, Krejcikova reprit ses esprits, réalisa la portée de son exploit et fut fauchée par l'émotion notamment au moment d'évoquer, lors de la cérémonie protocolaire, le souvenir de l'ancienne championne tchèque Jana Novotna (sacrée à Wimbledon en 1998), l'une de ses plus grandes inspiratrices. 

Cinquième miraculée, sixième néophyte

Garder ses nerfs, pour Krejcikova, ça aura été une constante tout au long d'une quinzaine où elle aura fait preuve d'une solidité mentale impressionnante, notamment en demi-finales lorsqu'elle dut écarter une balle de match face à la Grecque Maria Sakkari.

La joueuse originaire de Brno, qui grimpera de la 33e à la 15e place mondiale grâce à ce succès, devient ainsi la cinquième joueuse de l'histoire à triompher à Roland-Garros en ayant sauvé au moins une balle de match en cours de route, après l'Américaine Margaret Osborne-Dupont (1946), l'Australienne Margaret Court (1962), la Russe Anastasia Myskina (2004), et la Belge Justine Henin (2005), l'une des idoles de la nouvelle gagnante de Roland-Garros qu'elle avait d'ailleurs rencontrée la veille sur un plateau de télévision.

Krejcikova devient par ailleurs la sixième joueuse consécutive à remporter son premier titre majeur à Paris, après Garbiñe Muguruza (2016), Jelena Ostapenko (2017), Simona Halep (2018), Ashleigh Barty (2019) et Iga Swiatek (2020).

Barbora Krejcikova Katerina Siniakova Roland Garros 2013©Corine Dubreuil / FFT

Roland-Garros, une terre de surprises ? Manifestement oui, et cette année plus que jamais, lors d'une édition marquée par une succession de coups du sort avec le forfait de Simona Halep, la blessure d'Ashleigh Barty ou le coup de blues de Naomi Osaka. C'était d'ailleurs, dans l'ère Open, la première finale dames de Roland dont aucune des deux protagonistes ne figurait parmi les dix premières têtes de série.

Mais pour ceux qui ont vu évoluer Krejcikova tout au long du tournoi – et même la semaine d'avant puisqu'elle avait débarqué sur la lancée d'un titre à Strasbourg, soit 12 succès d'affilée après cette finale -, son revers cristallin, sa main de velours, ses subtiles variations, ce sacre n'est pas si surprenant. C'est celui du beau jeu, tout simplement.

C'est celui de l'expertise, aussi. A Roland-Garros, Barbora Krejcikova avait déjà remporté le double juniors en 2013, et le double dames en 2018. A chaque fois aux côtés de sa compatriote Katerina Siniakova, avec laquelle elle disputera à nouveau la finale du double, ce dimanche. En cas de succès, elle deviendra la première joueuse à signer le doublé depuis Mary Pierce en 2000. Il sera, alors, compliqué de parler de hold-up.